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Mohammed Gammoudi, immense légende de l’athlétisme tunisien


 «Nul n’est prophète chez soi» dit l’adage. Il ne s’applique pas avec le natif de Sidi Aïch, Mohammed Gammoudi, de son vrai nom Mohammed Tlili Ben Abdallah. Champion olympique du 5000 mètres en 1968 à Mexico, le fondeur a fait l’unanimité dès ses débuts dans bourgade au sud-ouest de la Tunisie. Au-delà d’être une légende comme on en trouve dans les pays de l’Afrique australe en matière de courses de fond, l’homme, actuellement âgé de plus de 84 ans, a été la méga-star de la Tunisie des années 60. Retour sur la carrière exceptionnelle d’un précurseur.
De notre correspondant en Tunisie

Gammoudi, un Aigle aux 4 médailles olympiques

Mohammed Gammoudi a tout glané : l’or, l’argent et le bronze. L’épopée de cet enfant de Sidi Aïch aux JO débute en 1964 à Tokyo où il termine le 10000m à la 2e place juste derrière l’Américain, Billy Mills. Avec un chrono de 28mn24s8, le Tunisien réussit l’exploit de devancer l’Australien Ron Clarke, recordman d’alors et champion olympique en titre de la discipline. C’était la toute première médaille olympique dans l’histoire de la Tunisie.

Champion dans l’âme dès ses débuts  en 1962, Mohammed Gammoudi va définitivement entrer dans la légende en 1968 lors des Jeux olympiques d’été de Mexico. Perfectionniste, couvé par son commandant et entraîneur Hassine Mamouda, il fait mieux qu’à Tokyo. Eh oui, Gammoudi est aussi un militaire de carrière avec un staff composé uniquement de ses compatriotes. Avec un chrono de 14mn05s0, il remporte le 5000 m devant 80000 spectateurs dans le stade géant de l’Université de Mexico. Il ne s’arrête pas là. Car il s’aligne au 10000m et réussit à décrocher une médaille de bronze avec un chrono de 29mn34s2. Le Tunisien devient ainsi la référence en courses de fond et demi-fond dans tout le monde arabe.

Mohammed Mohammed Gammoudi décoré de l'ordre du mérite olympique

Mohammed Mohammed Gammoudi décoré de l’ordre du mérite olympique

La gloire après le sacre de Mexico

Adulé et vénéré par tous les sportifs, il fait la fierté de tout un pays. Dès son retour, il est reçu et décoré par le Président Bourguiba. Le coureur est invité à toutes les grandes manifestations organisées par le pouvoir tunisien.

Quatre ans plus tard, l’athlète prend part aux JO de Munich. Là encore, il ne rentre pas bredouille comme la plupart des athlètes africains. Avec un chrono de 13mn27s33, il s’adjuge une médaille d’argent au 5000 m avec un léger regret de n’avoir pas pu empocher l’or. Mais le natif de Sidi Aïch n’était pas un athlète comme les autres. Le Tunisien a toujours été un homme hors norme. Il est de la race des élus avec un vaillant cœur et la baraka en bandoulière.

«C’est une légende vivante»

Grand passionné de course de fond et demi-fond, Khaled Amara, nouveau président de la Fédération tunisienne d’athlétisme se souvient de cette période faste de la discipline au pays des Aigles de Carthage. «J’ai eu la chance de recevoir ma première médaille au lycée des mains de Mohammed Gammoudi. J’avais 12 ans. Cela m’a vraiment marqué. C’est à partir de là que je suis devenu un passionné d’athlétisme. Pour nous, c’est une légende vivante. Depuis que je suis là, il est toujours associé à la gestion des affaires de la Fédération. Que Dieu lui donne encore une santé de fer et une longue vie», confie le président Amara à Sport News Africa.

Mohammed Gammoudi forgé par l’armée tunisienne

À chaque fois qu’il est question d’athlétisme en Tunisie, l’armée peut se targuer d’avoir formé et encadré le plus grand sportif de tous les temps du pays. Quand le champion de Mexico 68 a pris sa retraite internationale, le pays a attendu 36 longues années pour voir un autre de ses fils être couronné aux JO. Cet autre prodige, c’est le nageur, Oussama Mellouli sacré en 2008 en remportant l’épreuve du 1500 mètres nage libre à Pékin.

Mohammed Gammoudi aurait pourtant pu avoir un autre destin et rester dans l’anonymat sans son commandant et entraîneur, Hassine Mamouda. Ce militaire de formation a vite repéré et encadré le jeune homme quand il en avait le plus besoin.

De 1962 à 1968, le jeune soldat remporte toutes les épreuves du 5000 m et du 10000 m du Championnat du Conseil international du sport militaire à l’exception de 1963 et 1964. En fait, en 1963, il termine à la 2e position du 5000 m. Quant à l’année 1964, le protégé de Mamouda remporte l’épreuve du 5000m mais finit à la 2e place lors du 10000 m.

La discipline et la rigueur militaires avaient permis à Gammoudi d’avoir une solide carapace et une forte personnalité pour conquérir tout le Maghreb voire le monde. Le nom de Mohammed Gammoudi est ancré à jamais dans l’histoire de la Tunisie et des JO. Une véritable légende.

Ablaye DIALLO





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